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  • alexis magenham
  • CRITIQUE théâtrale
  • Homme
  • 15/05/1986
  • France Caen
  • art théâtre danse critique opéra
  • Auteur et metteur en scène pour la compagnie "Théâtre des Crescite".

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Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 20:35

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Papperlapapp, spectacle de Christophe Marthaler et Anna Viebrock, festival d'Avignon 2010.

 

 

L'artiste associé à ce festival 2010, Christophe Marthaler, investit pour la première fois la cour d'honneur du palais des papes avec son théâtre, son temps si particulier. Il est tout de suite important de préciser que ce spectacle fut créé pour la cour d'honneur et qu'il ne tournera pas.

Un mot sur le temps chez Marthaler : suspendu très certainement, dans l'attente de se déplier, brisé également ou plutôt secoué, finalement le mot juste serait sans doute joué ; Marthaler se joue du temps et joue avec le temps.

La scénographie d'Anna Viebrock multiplie les détails, les espaces, les mélancolies ou plutôt les déjà vus. Ainsi plusieurs revêtements de sol composent, s'imbriquent sur le plateau ; des lampadaires sortent des fenêtres ; des sorties d'air conditionné sont accrochées à la façade de la cour, une aire d'atterrissage d'hôpital se trouve à jardin, un confessionnal, des machines à laver empilées à cour ; des fenêtres en PVC... A la fois la scénographie d'Anna Viebrock fourmille de détails, se veut dense et complexe ; à la fois elle se confond intelligemment avec le lieu : sans être péjoratif je dirais qu'elle est intelligemment banale. Banale en cela qu'elle donne à voir un puzzle de lieux avignonais ou non, mais confondus dans un quotidien légèrement daté.

Anna Viebrock donne également à voir à Avignon une exposition de ses maquettes qu'elle intitule "Miroirs du réel" : ce titre résume parfaitement ce rapport au quotidien doublé d'une volonté de ramasser les choses en un même point, un même aplat qui a également la faculté de troubler les formes qu'il réfléchit.

"Papperlapapp" commence par l'irruption d'un groupe de touriste, guidé par un aveugle qui tatonne avec sa canne et montre le palais, divers objets... Nous sommes tout de suite invité à un monde faux et fabriqué de toute pièce, les informations qui nous sont rapportés sont inexactes : le palais des papes est présenté comme étant le palais de justice de Bruxelles... C'est donc déjà une écoute particulière pour ce groupe qui avance dans l'incertitude de son temps, guidé à l'aveugle et donc moins guidé que déplacé sans cesse entre cour et jardin. Se déplacer dans le regard de l'aveugle c'est se confronter à une incompréhension de mise et à un mensonge ou plutôt à une tentative de s'établir des vérités qui fonctionneront en repères avant de disparaître dans la vacuité. Les acteurs de Marthaler attendent et s'établissent des repères simples et souvent fantaisistes dans le sens où justement cela échappe à une logique qui serait vérité admise. Un comédien tourne un sachet de thé, assis à une table. Il fait cela peut-être pendant une demi-heure, peut-être plus. C'est un repère temporel parfait pour le spectateur, d'autant qu'il se rapproche du pendule, mais qui ne cache pas sa vacuité revendiquée. Ces situations, parce qu'elles se décalent du réel, amènent un humour que l'on retrouve dans l'écriture de Lewis Carroll ou le cinéma de Tati par exemple.

Ainsi les acteurs de Marthaler se singularisent dans ces attentes, ces temps que l'on étire ; et se retrouvent sur le chant. L'espace que présente Marthaler est fait sur ce temps, ces évènements absurdes où on se déplace sans comprendre, où on agit sans comprendre mais où on se retrouve pour chanter ; et cela suffit. On ne comprend pas ce qui se passe mais le fait de pouvoir se retrouver ensemble sur quelque chose suffit à avancer même si c'est à l'aveugle.

Avec cette utilisation du temps, Marthaler convoque les fantômes du passé, le passé qui se présente comme plusieurs puzzles mélangés et explose sur scène, la traverse et s'y imprime. Ainsi vers la fin de "Papperlapapp", les acteurs chantent une partie du Requiem de Mozart contre la façade de la cour d'honneur et regagnent le confessionnal un peu plus tard ; nous entendons alors un chant enregistré, semblant venir du palais lui-même. La cour d'honneur est un lieu unique et travaille une mémoire incroyable du théâtre, on s'y souvient, on y oubli, on y déforme un vécu partagé par centaines de spectateurs. Le moment dont je parlais interroge, à mon sens, cette mémoire.

Je trouve alors qu'il s'agissait d'un spectacle extrêmement précieux, sensible à une écoute qui se devait d'être attentive quant à un temps que l'on prend et que l'on donne à apprécier. Face aux réactions violentes du public, il semblerait que le temps qu'un metteur en scène prend au théâtre - et c'est là l'un des gestes premiers (au théâtre) - ne puisse plus s'apprécier. Ce n'est pas un constat que je fais, je pose une interrogation qui me  semble importante et inquiétante.

 

Une des très grandes différences entre le théâtre et le cinéma, c'est que le temps au cinéma, et encore plus en ce qui concerne la télévision, est généralement décidé par la distribution, la production... et trop rarement par le réalisateur : ainsi cela va vite, cela doit aller vite, cela doit aller contre un temps généralement trop court. Le théâtre peut nous proposer des spectacles de 3h, de 5h, de 12h, de 24h ; le théâtre peut étirer un temps jusqu'à l'immobilisme et induire un possible ennui. Le théâtre est beaucoup de chose et échappe à de quelconques définitions : le théâtre peut proposer une absence de texte, peut proposer un éventuel immobilisme, peut proposer une incompréhension ; et malgré tout nous emmener à une écoute précieuse, pleine de pensées ouvertes sur un inconnu.. et c'est tant mieux.  

 

Ensuite il est nécessaire de préciser tout de même que le public de la cour d'honneur est égal à nul autre : chaque année l'un des spectacles fera "rendre l'âme aux vieilles pierres" ( Fabienne Pascaud dans son article consacré à "Papperlapapp"), et l'on décrétera à son encontre que le théâtre est mort, que c'est scandaleux vis à vis du passé... A ceci j'aimerais rappeler que la cour d'honneur n'est pas un lieu dévolu au théâtre, c'est un lieu difficile où l'on espère un miracle, mais ce miracle n'arrive jamais durant le festival, il arrive toujours quelques années après dans le souvenir du spectateur. On se souvient de ce spectacle mythique d'Antoine Vitez dans la cour, "le soulier de satin", de Valérie Dréville gagnant à vélo la cour à l'aube pour retrouver un public à moitié endormi et emmitouflé dans des duvets, avant qu'il ne soit debout à applaudir à tout rompre. On oubli qu'à l'époque, ce spectacle fit scandale, que le public partait en insultant les comédiens au passage. Les exemples de ce genre ne manquent vraiment pas. Et c'est peut-être là le signe qu'il s'est passé quelque chose d'important finalement. 

 

 


 

PS sur cette vidéo : voilà l'exemple banal d'un commentaire trop rapide qui ne fait que compiler des ressentis sur le vif de deux secondes. Ce n'est pas surprenant, le contraire l'aurait été.

Par alexis magenham - Publié dans : Avignon 2010
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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 13:17

Die Massnahme (la décision), pièce musicale de Brecht et Hanns Eisler mis en scène à l'opéra de Rennes par Daniel Dupont.
Quatre agitateurs communistes rejouent les scènes qui ont conduits au meurtre d'un de leur camarade alors qu'ils étaient en mission en Chine, ils rejouent ces scènes devant le parti, le chœur.
Le désir de changer le monde amène la transgression des idéaux auxquels on peut croire, les limites de la révolution, sa nécessité... Brecht pose un problème au public, un choix à faire. Ce problème est posé au public directement et vient alors un silence étrange, un silence presque gêné, un silence attendu pourtant. Nul n'intervient bien sûr, nous sommes à l'opéra, les spectateurs attendent que ce silence soit brisé. Les comédiens regardent l'audience et n'espèrent rien. Il s attendent, tous levés, dans le décor expressionniste de Denis Fruchaud, propice aux ombres. Et cela repart, le bruit, la musique, les chants, les voix... Finalement le jeune communiste est fusillé par ses camarades et est plongé dans la chaux : réduit au silence le plus brutal, la bouche est ainsi effacé, détruite. Et finalement le portrait de Lénine, immense, dernière lumière avant les applaudissements, dernier silence et propagande d'une image, d'un visage fixe. Les acteurs posent ainsi ces silences et attendent que les spectateurs les pensent, les interrogent...
Ce temps de silence qui investit alors les souffles de tout le monde, les souffles presque retenus des comédiens, les souffles des spectateurs ; ces souffles infiniment plus bruyants dans ce silence que lorsqu'ils véhiculent une voix.
Deleuze parlait d'image-souffle dans "l’épuisé" et effectivement une image se fait dans l'absence qu'elle convoque et donc dans le souffle tout aussi bien de ce qui n'est plus dit. Ainsi ce premier silence où le public est face au choix convoque une image invisible faite de ces souffles et trouble l'air. Réduire au silence le jeune camarade en effaçant l'arc de sa bouche et sa capacité à expirer est d'une violence incroyable. Enfin ce portrait de Lénine alors que plus personne n'est sur la scène renvoi au trou, au vertige d'un appel d'air, d'une aspiration des souffles et clôt alors la parole, la censure par sa puissance. Ce silence là était peut-être en trop, assourdissant par son gigantisme le souffle troublant des acteurs.  

Par alexis magenham - Publié dans : critique
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 17:36



La légende du Wagadu -
Ildévert Meda

 

Nouvelle création du CITO à Ouagadougou, la légende du Wagadu nous conte la déchéance d’un royaume, celui du Kaya Manga, qui abreuve ses prêtres du sang de la plus belle des vierges et cela tous les 7 ans. Kerfa le fou se fait le devoir de parler chaque nuit à l’encontre du pouvoir et de ces exécutions, Kerfa le fou n’est fou que parce que son discours diffère des lois établies par le royaume et cette folie intrigue, intéresse, ennuie et embarrasse le pouvoir. Voilà, au cœur d’un conte mauritanien, la figure d’Hamlet. Sauf que Kerfa ne cherche pas même la justice, non, juste l’anarchie. L’anarchie que propose la folie dans une société qui organise ses sacrifices. Et cet autre personnage, Sia, la jeune vierge qui se fera violer par les sept prêtres et qui maudira son prétendant corrompu par le pouvoir, Sia qui deviendra folle à son tour et parlera la nuit au peuple. Un conte admirable où la folie est cette parole totale, brûlante et désespérée : la seule parole possible face au pouvoir. Shakespeare n’est décidemment jamais bien loin.

Par alexis magenham - Publié dans : critique
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 13:02
AVIGNON IN 2009

"Des témoins ordinaires" mis en scène par Rachid Ouramdane

Multiplicité des témoignages anonymes ayant trait à la barbarie, la guerre et la torture. Violence quotidienne en échos traumatiques sur le corps des danseurs toujours pudique, en pénombre ou crépuscule.

Comment rendre compte de ces témoignages au théâtre, ici spécifiquement par la danse ?
La pudeur de ces corps échappant à la vulgarité illustrative et illusoire est bienvenue.
Les corps travaillent des courbes impressionantes, les corps s'arrêtent et parfois tombent doucement. Bien sûr un corps qui s'arrête ou tombe fait taire la danse. Je trouve assez beau l'idée que dans ce spectacle quelque chose doive se taire pour exister.      




Par alexis magenham - Publié dans : Avignon 2009
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 12:49
AVIGNON IN 2009

"Yo En El Futuro" (Moi dans le futur) mis en scène par Federico Leon.

L'image est un gouffre dans lequel il est facile de se perdre et difficile de se retrouver, de se reconnaître.

Avec "moi dans le futur" tout s'articule autour ce gouffre déployé en mise en abîme générationnelle. Trois générations déclinées en enfant, adulte et personne âgée ; deux femmes et un homme. Le temps est alors un  aplat tout comme l'image projetée : la vieillesse côtoie sa jeunesse et sa trentaine, on se retrouve comme au seuil de la mort.
Après l'image projetée, le théâtre est effectivement le lieu où on se retrouve pour mourir.

Federico Leon explique ce côtoiement dans le programme, il s'agit de revivre sa jeunesse pour un couple âgée et particulièrement un baiser de jeunesse en engageant des enfants et des adultes qui leur ressemblent.

Ils regardent avec nostalgie ce film et retrouvent  certains gestes, certaines mélodies. Chorégraphie subtile pas exactement identique à ce qui est projeté, chorégraphie faite d'échos et de dissemblances légères. Scène nostalgique où le souvenir est érigé et déplié avant cette mort que nous promet le théâtre.

Spectacle manifeste d'une posture d'artiste et donc spectacle fragile, simple et précieux.




  
Par alexis magenham - Publié dans : Avignon 2009
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 12:25
AVIGNON IN 2009



"Sad Face/Happy Face" mis en scène par Jan Lauwers.

Trilogie comprenant "la chambre d'Isabella", "le bazar du homard" et "la maison des cerfs".

La vie d'une troupe secouée par le deuil, le désir et l'imaginaire. "La chambre d'Isabella" s'écrit dans la mort de Félix Lauwers, père de Jan Lauwers. "La maison des cerfs" s'écrit dans la mort du frère d'une des danseuse Tijen Lawton. Et le deuxième opus "le bazar du homard" s'inscrit dans un temps futur et dévastateur, le deuil d'une humanité.

La mort semble être le geste premier dans l'écriture de Lauwers. Les morts s'égrènent pour permettre l'histoire. [Jan Lauwers avait mis en scène une adaptation de "Macbeth", dans cette pièce de Shakespeare l'écriture est justement commandé par le meurtre et le sang, le; meurtre comme engrenage lié au pouvoir que l'on veut conserver : si Macbeth arrête de tuer, l'histoire s'arrête mais lui aussi disparait.] Les morts permettent le départ d'Isabella de l'île pour la chambre habitée des souvenirs d'Afrique, ce sont ces morts qui décident de l'apparition de la maison des cerfs et le désir de mourir précipite le cauchemar du bazar du homard.
Dans "la chambre d'Isabella" la mort n'est qu'un état passager et illusoire, les morts reviennent parler à Isabella, on continue d'avancer sans se soucier, sans s'angoisser, sans se morfondre, non on continue, on avance.
"Le bazar du homard" promet cette mort mais ne la délivre jamais, c'est peut-être là le rêve noir d'un homme secoué justement par la mort, ou la dernière pensée complexe et fuyante. "La maison des cerfs" est, à la différence de "la chambre d'Isabella", agitée par le chagrin et le recueillement. On s'arrête pour pleurer les morts. Ce deuil apparaît de deux façons : il est rappelé à la "needcompany" dans un temps proche de la vérité, la mort est prononcée lors d'une tournée, parmi la vie, le désir et la peine qui peut agiter une compagnie.
Ce deuil va se transformer et s'habiller de fantastique. Nous voilà au milieu d'une forêt dans une maison où on garde des cerfs, des cerfs gardés par des elfes ou autres, les acteurs et actrices de la compagnie qui conservent leur prénom. Par le biais du conte Jan Lauwers va raconter la mort sanglante et horrible, donnée froidement et sans aucun sens, comme elle peut se donner à la guerre, cette guerre que l'on ne cesse d'évoquer où est mort le frère photographe. Par le biais du cote la "needcompany" devient cette maison des cerfs (le cerf est depuis plusieurs années l'emblème de la compagnie) et le deuil nous montre cette communauté d'hommes et de femmes unies par le chagrin, le théâtre et la nécessité de continuer malgré tout, continuer d'avancer...

Cette 'maison des cerfs' n'est pas un temps superflue comme on a pu le dire mais bien la conclusion logique d'une trilogie qui parle de la vie tout simplement, la vie cernée par la mort, le désir et l'imaginaire.     





Par alexis magenham - Publié dans : Avignon 2009
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 12:07

AVIGNON IN 2009

"Ode Maritime" mis en scène par Claude Régy.

Un être tremble !

Un être tremble sur cette scène et pourtant un être immobile, parfaitement immobile pendant toute cette traversée mais les contours de cet être immobile deviennent friables, floues et abstraits ! Ce qu'il dit est lent et précis, d'une précision folle, ce qu'il dit est terrible, horrible, il s'autorise tout au travers de son imaginaire débordant.
Je suis attentif à chaque mot, à chaque souffle et à chaque couleur mais je pense au travers de ce qui se passe, je pense à l'appel maritime auquel Melville ne résiste pas dans Moby Dick et qui le conduira à un abîme. Je pense au sourire si dur à peindre pour Francis Bacon, plus dur à peindre qu'un cri. Je pense aux promenades de Robert Walser dans la neige, pas loin de l'hôpital psychiatrique où il séjourne. Je pense aux couleurs du cri de Munch, ce crépuscule rouge et chaotique qui déchire la nuit. Je pense à Madame Bovary, tout son être tremble également quand elle feuillette les pages de ses livres, son imagination la perd et la fait vivre.

Un être tremble !

Un être tremble dans ce décor abstrait qui évoque un quai devant la mer mais se perd ailleurs, dans le lointain. Un être tremble dans ce clair obscur, ses couleurs rouges, vertes, bleues... qui viennent par touches sur ce décor pas tout à fait visible donc.

La lumière enfle dangereusement et le noir final, un noir qui emporte tout et me laisse dévasté et heureux. Pendant un temps je ne sais plus trop quoi faire et où aller, hagard. Vite, sortir, et gagner la mer, l'océan, gagner ça et nager le plus loin possible ou juste m'étendre sur le sable, presque mort.
Je pense à ça alors que l'on applaudit à tout rompre le comédien ; et le vieil homme derrière moi qui a mis en scène ce spectacle applaudi aussi ce chef d'œuvre, on le reconnaît et on lui pose des questions, le félicite, il répond timidement en souriant comme un gamin de huit ans et finalement se sauve tranquillement. Je sors de la salle et reconnaît ce regard perdu et déplacé, cette fatigue et ce bonheur chez d'autres spectateurs.





          
Par alexis magenham - Publié dans : Avignon 2009
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 11:54
AVIGNON OFF 2009

"Amour Conjugal" mis en scène par Matthieu Roy - Cie du veilleur.

Être au plus près. L'espace bifrontal encadre une longue table. Nous avons des casques audio, ce n'est pas juste un gadget, ils retransmettent le récit que fait cet homme en parole intérieur, les dialogues avec la femme se détachants par le niveau sonore, un travail musical précis.
Le texte est lâché avec précipitation, à peine joué et juste là : parfaitement concret et malgré tout fuyant, rapide, nerveux. Être au plus près, c'est-à-dire profiter de ce jeu buccal : la dégustation de ce verre de vin, l'ouverture de cette bouteille de champagne, cette cigarette... Se rapprocher finalement du livre audio.
S'ajoute à ce confort auditif une précipitation qui pose question. Aller vite et ne pas s'arrêter interdit le développement d'un temps propre à l'histoire. Cette rapidité me laisse penser qu'il s'agit bien là d'un récit passé, une histoire qui a eu lieu et dont on ne peut plus jouer qu'un écho, une trace sonore fugitive. Le couperet d'un fait divers peut-être bien. Ou un rêve noir, la pensée d'un homme qu'on dépêche d'achever pour être bien sûr de la retranscrire entièrement.     


Par alexis magenham - Publié dans : Avignon 2009
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 11:33
AVIGNON IN 2009

"La guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres" mis en scène par Amos Gitai.

On y travaille la langue comme on y travaille la roche. Travail de précision, artisanat humble et physique, la pierre résonne et se joint à ce récit fait par obligation. Obligation liée à la servitude de Flavius Joseph et à sa qualité de témoin. Obligation morale également, objective peut-être, celle d'un historien. Donc une parole sèche qui martèle les évènements, les énonce sans épanchement.
Faire entendre la domination romaine en Galilée, c'est-à-dire la prise d'un territoire et l'assimilation d'une culture, faire entendre cela au milieu des décombres d'une carrière, ou précèdement quand le spectacle s'appelait "métamorphose d'une mélodie" à Gibellina en Sicile, ville détruite en 1968 par un tremblement de terre, faire chanter la pierre en pareille occasion c'est faire écho au monde moderne de manière subtile et humble. Une subtilité qui déconcerte et passe pour une trop grande timidité ? Une subtilité qui a malgré tout un poids, le poids de ces ruines justement, difficile à partager.
Rencontre faite avec Amos Gitai, le public refuse d'appeler "théâtre" ce qui n'est qu'une "lecture". Le festival d'Avignon contente encore ceux qui doivent être rassurés pas l'étiquette mais n'échappe pas au ridicule de devoir multiplier ses étiquettes tant certaines formes sont hybrides ou ne répondent tout simplement à aucun critère. Mais non sait bien aujourd'hui qu'un corps qui fait signe dans un espace donné suffit à ce qu'on appelle cela du théâtre. Alors attaquer Amos Gitai sur ce terrain là n'est pas un problème de reconnaissance mais juste de déception. Nous n'avons pas su faire le voyage avec les comédiens, nous n'avons pas su porter ces ruines à notre tour, les comédiens n'y arrivaient qu'à peine. Mais c'est cette difficulté qui est intéressante et qui pose question. Comment peut-on comprendre et porter les ruines d'un peuple ? Comment peut-on appréhender l'Histoire qui se joue et qui s'est joué ? Est-ce que l'Art peut quelque chose et peut éclaircir le chaos créé par des médias comme la télévision ou internet ?...  


Par alexis magenham - Publié dans : Avignon 2009
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Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /Fév /2009 20:20



La Rabbia – Pippo Delbono

Récits de Juin – Pippo Delbono

 

Spectacle de 1995, La Rabbia garde une fraicheur et une volonté intacte. Hommage à Pasolini du lieu du metteur en scène Pippo Delbono, ses souvenirs d’une époque (les années 60) plus qu’une adaptation ou portrait du réalisateur.

Spectacle très simple fait avec peu de chose.     

De la sciure de bois recouvre le plateau et permet l’empreinte éphémère du vivant.

Des textes : Pasolini, Genet, Chaplin, Rimbault.

Spectacle amère où rien ne s’accomplit tout à fait. Posture joyeuse et triste, inquiétante et tranquille.

Pippo en Charlot magnifique et ambigüe, le chapeau vissé sur la tête.

Amour violent et danse répété sur le sable d’une plage. On entend les vagues dans le lointain.

Spectre musical des années 60.

Une danse, une danse joyeuse, naïve et folle, dangereusement folle peut-être. Bobo et ses ailes d’ange, une ronde tranquille autour de Pippo ivre et fou.        

Avec ses récits de juin Pippo Delbono raconte seul, nous conte une vie, sa vie, se livre totalement et simplement. Pippo raconte l’Italie de son enfance, l’amour de sa vie, la maladie, la mort, la rencontre avec Bobo, avec Pepe Robledo… Entre ses moments le souvenir de certains spectacles : Urlo, La Rabbia, Enrico V, le temps des assassins. Pippo retrouve le souffle et le corps de ses spectacles le temps d’une citation, regarde derrière lui ; un simple regard qui convoque ses autres corps absents, ses traces de décors, cet autre temps.

Pour Pippo Delbono le théâtre est une « autobiographie collective », il rencontre le « je » et le « nous ». Effectivement le théâtre interroge directement, mystérieusement et collectivement. Il touche au vivant, il le fait apparaitre dans un instant sacré. Le théâtre est alors propre à déstabiliser et interroger.

Le théâtre de Pippo Delbono déstabilise et interroge, il est là, il vient devant les spectateurs et creuse l’instant. Mais son théâtre est également un écart, il sort de la norme et fait avec cette vie et cette passion amoureuse plus vraie et plus forte, en donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas.         



Par alexis magenham - Publié dans : critique
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