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  • : alexis magenham
  • critique-theatrale
  • : Homme
  • : 15/05/1986
  • : France Caen
  • : étudiant en Arts du spectacle à l'université de Caen Basse-Normandie.
Samedi 29 mars 2008

 

 

Guerre Racisme 11 septembre 2001 fanatisme guerre racisme indiens d’Amérique massacre humiliation génocide torture camps de boucherie abattoir juif arabe africain asiatique Rwanda guerre racisme opprimés du monde

 

BLOODY NIGGERS raconte ça. Les massacres, les tortures des derniers siècles au nom de quoi, au nom de qui.

 

BLOODY NIGGERS est une compilation de données historiques dites avec sobriété travaillé ou proche du slam, dites au micro par trois personnes élégantes.

 

BLOODY NIGGERS demande une prise de conscience pour l’avenir, force l’attention du spectateur.

 

Un écran diffuse des images en relation, des images d’archives, des mots ou des phrases prises dans le discours. Donne au tout des allures de documentaire.

Cris de rage sur le résultat de l’indépendance Africaine depuis 40 ans.

Cette parole directe parfois remuante et toujours noble et lucide pose question/problème quant à son inscription dans l’espace théâtral. BLOODY NIGGERS se tient à son discours expose des faits des chiffres des citations des lois des situations sans en exploiter les résonances dans l’espace. Mais peut-être que cette parole âpre suffit. Peut-être aurait-il mieux valu s’en détacher pour l’inscrire sur le plateau et l’examiner l’analyser plastiquement corporellement. Doit-on au théâtre créer un temps et un espace poétique. Doit-on au théâtre laisser la parole chanter et remuer l’air. Le problème de BLOODY NIGGERS est que nous sommes dans une indécision face à cette question : jeter sa parole ou son corps dans l’espace. La pauvreté et la vacuité plastique de ce qui est tenté indique qu’il eu sans doute mieux valu laisser la parole seule.      


 

Auteur Dorcy Rugamba
Conception et adaptation Younouss Diallo
Mise en scène Jacques Delcuvellerie
Interprétation
Younouss Diallo, Dorcy Rugamba, Pierre Etienne
Avec la voix de Providence Rwayitare

Réalisation musicale Pierre Etienne
Scénographie Jacques Delcuvellerie et Johan Daenen
Conception éclairages Benoît Gillet
Assistant à la mise en scène Alfredo Cañavate
Réalisation et conception vidéo Jean-François Ravagnan
Aide à la réalisation sonore Jean-Pierre Urbano
Régie son Romain Gueudré
Régie lumières et vidéo Joachim Hesse
Assistante stagiaire Virginie Demilier

Coproduction :
Le Festival de Liège, Le Théâtre National, Le Groupov.
Avec le soutien de Théâtre & Publics

 

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Samedi 29 mars 2008

 

 

 

Mise en exergue de la présence (humaine).

 

Apparition/Disparition de ces corps forcément singuliers.

 

Manipulation de l’espace sonore/électrique en fonction des corps et de leurs évolutions/torsions/immobilités.

 

Corps nus. Corps en costumes. Corps en attentes. Corps en déplacements.

 

Texte et mise en scène de Thomas Ferrand et extraits d’entretiens avec Bernard Stiegler.

 

Thomas Ferrand crée en 2002 la compagnie Projet Libéral.

 

« Projet Libéral » sur le mur de fond.

 

Présence Libéral. Présence non-directive. Présent. Etre là.

 

Virginie Vaillant verse un liquide rouge sur une machine à laver. Elle souffle sur le liquide qui lentement coule sur la porte de la machine. Elle s’écroule brusquement sur la machine et reste immobile un temps. Plusieurs noirs et plusieurs dispositions de ce corps dans sa mise en image mortuaire.

Thomas Ferrand a certainement vu P.#06 Paris de Romeo Castellucci où c’est un policier qui verse du liquide rouge sur le cou d’un autre policier allongé sur une machine à laver. Le premier policier pose un couteau sur le liquide, lève le bras et attend quelques secondes pour que l’image se fasse. Mise en exergue de l’incarnation. Procédé eucharistique où l’objet change dans sa substance. Une définition possible du théâtre, c’est ça ce spectacle, une possible définition du théâtre.

 

10 min proches de la fin : Antonin Ménard communique au micro, voix transformée, et parle du théâtre justement. Parle de l’avenir de la fiction au théâtre, parle d’Auschwitz… Temps peut-être inutile, peut-être trop évident, mais pourquoi pas. Rejeter le passé et son traumatisme pour s’inscrire dans la présence présente et ses débordements, ses saturations.

 

Un spectacle effectivement proche de la vacuité. Ivresse et Tragique de cette approche. ABSOLUE NECESSITE de ces moments aujourd’hui vu la gueule de cet aujourd’hui. La mise en danger du corps, de la présence, de la singularité de l’artiste. Sa disparition, c’est bien ce que veut le gouvernement actuel.

 

« Une société qui n’arrive plus à produire de singularité n’a plus d’avenir. » Bernard Stiegler.

 

C’est ça ce spectacle : l’affirmation de l’absolue nécessité de la production de singularités aujourd’hui maintenant pour ne pas sombrer dans le vide le plus inhumain et le plus médiatique. 

 

http://www.comediedecaen.com/web/index.php

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Lundi 17 mars 2008



« C’est le banal, et c’est le plus simple banal, qui est profond et original (.) La banalité de la folie, la banalité de vivre avec une folle, de vivre avec un homme violent, la banalité d’un accident (…) Et ça doit être tellement vécu, on doit tellement voir la veine qui bat dans le cou… » [Ariane Mnouchkine, « Au jour le jour »]

 

Un espace bi frontal. Au milieu des deux murs de spectateurs, toujours visibles l’un pour l’autre, coule une mince zone de jeu.

A ces extrémités se trouvent les portes rideaux et au dessus de l’une d’elle est aménagé le balcon pour Jean-Jacques Lemêtre et ces instruments.   

Un des rideaux s’ouvre gracieusement. Pénombre. Des pousseurs amènent un grand cercle sur roulettes au centre. Un cercle déjà recouvert d’une moquette. Les comédiens arrivent avec lampes torches, outils et meubles. Ils installent le canapé, l’étagère, les plantes, les livres, les papiers par terre, les lampes qu’ils allument et éteignent. Une fois ce salon minutieusement construit sous nos yeux, il repart et disparaît derrière le rideau.

Lumière. Un petit chariot est amené par un pousseur. Une zone d’herbe, une vieille porte en métal bloquée par un galet, une femme qui est entrain d’y accrocher une pancarte de vente immobilière. Le chariot tourne sur lui-même, permet l’observation détaillée pour les deux murs de spectateurs.

 

Il s’agit du début du premier recueil des « éphémères ». Un spectacle en deux recueils de 3h15 chacun qui a faillit s’appeler « petits mondes et vastes palais ».

Le théâtre du soleil utilise à nouveau les chariots après « le dernier caravansérail » où tout était sur chariots même les comédiens. Ici, juste les lieux recréés avec un souci du détail, une authenticité, une vérité. Les comédiens passent d’un chariot à un autre pour passer du salon à la porte d’entrée ou du salon à la cuisine. Autour de ces chariots le vide de l’espace : l’imaginaire du public, celui des comédiens et surtout ce spectateur que nous voyons constamment de l’autre côté.

 

Ces cercles sur roulettes font penser à des extractions géologiques, signes du temps actuel et passé. La recherche d’une femme sur ses parents et grands parents pendant la guerre, la rencontre entre une petite fille et Sandra qui s’appelait autrefois Samuel, les problèmes de garde d’enfant suite à un divorce, les retrouvailles entre une jeune femme et son ancienne institutrice, la vente d’une maison, une naissance joyeuse…

Et agencer ces cercles en révolution au réalisme et aux détails presque maniaques à côté de ce vide revient à replacer l’homme comme détail de l’univers. Retrouver cette philosophie asiatique n’est bien sûr pas étonnant pour un théâtre qui puise ses inspirations, ses méthodes de travail et ses obsessions en Asie. 

 

Ariane Mnouchkine voulait faire un spectacle sur la bonté de l’être humain, un thème qui ne pouvait être abordé qu’à travers la perte. La perte de ces moments de vie qui s’estompent et disparaissent.   

Des instants justes et terriblement émouvants qui ne font que passer devant nous, qui s’éloignent dans la nuit pour s’évanouir tout à fait. 

 

« Il y avait les bavures, de notre vie pleine de bégaiements, d’oublis, d’accrochages… Ce spectacle parle de la mortalité, donc de l’infini, et du non fini aussi (…) » [Ibid.



http://www.theatre-du-soleil.fr/

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Vendredi 7 mars 2008

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Une infrastructure bourgeoise japonisante en chantier mortuaire, en loft, en forêt.

Une armoire immense où on se perche, qu’on secoue de l’intérieur, qu’on ouvre.

Une pluie généreuse de feuille d’arbre recouvrant les planches mobiles.

 
Ce loft glacé, ces thématiques abordées par cet auteur allemand Marius von Mayenburg rappellent les travaux du metteur en scène Thomas Ostermeier.

Lui aussi aborde la guerre, la reconstruction, le déchirement chez le couple, la folie, la mort… chez une nouvelle bourgeoisie qui emménage dans ces nouveaux espaces, ces nouvelles villes.

Mais si Thomas Ostermeier travaille l’espace dans un réalisme assez cru et artificiel, Olivier Lopez travaille quant à lui sa tension.

Mur de béton/panneaux japonisants, loft moderne/vieille armoire, infrastructure/feuilles d’arbres… Une tension qu’on ne retrouve pas chez les acteurs et actrices enfermés dans une emphase et une hésitation dommageable.

 

Sont davantage donnés à entendre les errements d’Anton et son enfoncement dans la folie, le retirement ; l’horreur de ces promoteurs immobiliers tablant sur le résultat d’un conflit est quant à elle un peu laissée pour compte.

 

C’est finalement moins l’installation d’un climat oppressant ou d’un temps étiré à n’en plus finir que celle d’un second degré mal venu à l’image du strass mortuaire.  

 

Il y a bien sûr un confort sur la forme esthétique mais le fond pose problème et reste incomplet.



De Marius von Mayenburg
Traduction Laurent Muhleisen

Avec Danièle Klein, Emmanuel Vérité, Noémie Leroux-Cazaubon, Rodolphe Dekowski,
Stéphane Fauvel, Virginie Boucher

Mise en scène Olivier Lopez
Collaboration à la dramaturgie Amélie Clément
Scénographie Marie La Rocca
Création sonore Amélie Polachowska
Création lumière Thierry Sénéchal
Costumes Élisabeth de Sauverzac
Maquillages Maud Dufour

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Mardi 4 mars 2008
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« Further than the furthest thing » : titre original de ce texte de Zinnie Harris, auteur anglaise prometteuse, écrit en 2000.

 

Tristan da Cunha, île perdue au milieu de l’Atlantique et habitée d’une poigné d’homme. Des êtres qui se créent leur propre langage, leur propre grammaire. Bill s’est autoproclamé aumônier de l’île et sauve les habitants par la religion alors qu’un industriel anglais vient acheter l’île pour y installer ses usines de bocaux. Une histoire Claudelienne où le monde moderne (« la l’Angleterre ») vient se frotter à un monde plus simple fait de croisements culturels insolites.

Une histoire fabuleuse de déracinés, de déportés. Des êtres qui vont devoir émigrer de force en Angleterre pour être traités en anormaux, en consanguins.

 

Mais ce qui fait l’éclat de ce spectacle c’est particulièrement cette langue réinventée. Une langue faite de répétition, de contraction et d’oubli. Une langue purement théâtrale que les comédiens éjectent par leur corps. Une langue du D’dans comme le disent justement les traductrices françaises Dominique Hollier et Blandine Pélissier qui signent ici un travail remarquable.

 

« La force du langage réside dans son infirmité : son incapacité à dire ce qu’il veut dire. Il ne peut le dire qu’en le disant sans le dire : et c’est la poésie. […] C’est notre travail : sonder, découvrir, entendre cette vie que le texte révèle au-delà de lui-même. […] Quels sont ceux qui, organisant des mouvements de sons dans des rythmes de paroles écrites, suscitent de la vie. De la vie qui dure, nouvelle avec le temps. » (Claude Régy, Au-delà des larmes, les solitaires intempestifs, 2007, p38-39.)

 

Le langage de Zinnie Harris donne à entendre cette infirmité. Des variations viendront alors étayer la pièce à l’instar de Francis parlant tour à tour la langue de l’île et celle du monde moderne par espoir d’intégration.  

 

La mise en espace de Guy Delamotte est sobre, juste. Quelques horizontales parfois remplies de projections colorées. Des sons sourds rendant l’endroit évanescent et irréel. Cette impression d’être, comme Bill, sous l’eau et d’entendre différemment quelque chose d’étrange. 

 

 

« Dépasser les limitations du langage. » (Ibid., p.78.)



Mise en scène : Guy DELAMOTTE
Traduction : Dominique HOLLIER, Blandine PELISSIER

Comédiens :
Mill : Martine SCHAMBACHER
Rebecca : Véro DAHURON
Bill : Timo TORIKKA
Mr Hansen : Philippe MERCIER
Francis : Alex SELMANE

Décor : Jean HAAS
Costumes : Cidalia DA COSTA
Lumières : Laurent MATIGNON
Musique / son : Denis GAMBIEZ
Régie générale : Serge COQUAIS
Régie plateau : François BOHU

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Mardi 4 mars 2008

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Un rectangle en fluo resserre la scène, un surcadrage qui délimite nos regards, un point de fuite pour l’œil. Derrière ce cadre se trouvent les habitations de la marquise et du chevalier. Semblables à deux petites cabines de plage sur leur estrade en bois, elles se rapprochent et s’éloignent l’une de l’autre selon le dévoilement amoureux des deux aristocrates.

 

Luc Bondy ne verse heureusement pas dans l’archéologie du 18ème siècle et transpose cette comédie dans un présent suranné, datant d’une trentaine d’années, l’époque d’un Pauline à la plage de Rohmer, un réalisateur dont Luc Bondy se serait inspiré pour sa mise en scène.

L’action semble effectivement se passer au bord de la mer où quelques amis se retrouvent et tombent amoureux. La grande qualité de cette mise en scène tient en sa clarté et son effacement des titres de richesse et de pauvreté. Ne restent que ces mécanismes amoureux : hésitations et malentendus pour les uns et rapidité et passion pour les autres.

 

De belles petites trouvailles parsèment le jeu des comédiens : Lubin (Roch Leibovici) en arlequin à vélo, le chevalier (Micha Lescot) s’endormant sur sa chaise à la lecture du philosophe (Pascal Bongard) ou donnant des tapes amicales sur l’épaule de la marquise (Clotilde Hesme)…

 

Mais pourquoi mettre en scène ce texte aujourd’hui ? Pour le divertissement que cela procure ? Pour l’énième écoute de cette langue précise et superbe ? Je ne sais pas.

 

Quelqu’un me donne un élément probable de réponse (Yannick Butel pour ne pas le citer) : peut-être est-ce la particularité de cette « seconde surprise de l’amour » qui est la présence du philosophe ? Intellectuel qui finit par se faire jeter à la rue par les serviteurs sous l’ordre de leurs maîtres. Une scène assez courte qui trahit peut-être le sort des penseurs dans notre société telle qu’elle se présente depuis peu. Penser n’est plus à l’ordre du jour pour le gouvernement. 

 

avec
Clotilde Hesme, Audrey Bonnet, Pascal Bongard, Roger Jendly, Micha Lescot

mise en scène Luc Bondy
dramaturgie Peter Sturm
collaboration artistique Jeff Layton
décors Karl-Ernst Hermann
costumes Moidele Bickel




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Samedi 23 février 2008
patcha.jpg

Un îlot désertique.
Un arbre mort.
Un cheval mort.
3 danseurs.
1 danseuse.
3 musiciens.

Des êtres paumés qui attendent sur le bord de la route ?
Des étrangers qui ne se comprennent pas et qui se retrouvent dans l’animalité de la danse ?

Les Ballets C. de la B. ont définitivement un univers bien à eux, même si la qualité varie selon le chorégraphe. Toujours ce travail sur l’hystérie, cette importance de la musique (magnifique Tcha Limberger), ce monument dressé pour des êtres déplacés (directement dans leur spectacle « import/export ») ou poussés à bout dans leur fonction sociale (l’hystérie du cadre dans « VSPRS »).

Bien sûr le terme « déplacé » est ici particulièrement pertinent si l’on observe le parcourt de Lisi Estaràs. Cette chorégraphe passe son enfance en Argentine à Córdoba, apprend la danse en Israël, rencontre Alain Platel (directeur des Ballets C. de la B.) et part vivre à Bruxelles.
« Patchagonia » fait également référence à une région mythique de l’Argentine : la Patagonie. Le changement d’orthographe renvoi à un ailleurs, à une liberté, à l’imaginaire.

Dans « Patchagonia » les êtres s’organisent autour d’un arbre mort et desséché (dans « VSPRS » il s’agissait d’une sorte de banquise en lambeaux) et attendent, essayent de communiquer, se déplacent, déplacent les autres, dansent un peu…
La lumière est jaune parfois assez vive, une lumière brûlée comme dans les films de Sergio Leone. Le temps est étiré, installé mais trahit une insuffisance ou plutôt une suffisance. Lisi Estaràs développe une sorte de temps Beckettien chez Sergio Leone et Kusturica : un temps qui suit la catastrophe, qui précède le dénouement. C’est beau mais cela manque quelque peu d’ambition. La pauvreté du texte, la suffisance du geste flegmatique.

Malgré tout il ne s’agit que de la deuxième chorégraphie de Lisi Estaràs, on attend avec impatience la prochaine.  



chorégraphie Lisi Estaràs
musique Tcha Limberger
interprétée sur scène par Tcha Limberger,
Vilmos Csikos, Benjamin Clement
dramaturgie Guy Cools
conseil artistique Samuel Lefeuvre
scénographie Peter De Blieck
costumes Dorine Demuynck
lumières Carlo Bourguignon
son Sam Serruys
dansé et créé par Melanie Lomoff,
Ross McCormack, Nicolas Vladyslav,
Sam Louwyck




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Samedi 23 février 2008
Andromaque2.jpg
Le texte de Racine non embarrassé de sa diction académique joué théâtre nu. Aucun décor, aucun rideau, aucune machine, aucun encombrement, rien que le plateau nu, offert et habité de quelques chaises et de comédiens.

Quelle ouverture ! Un appel d'air pour cette pièce habituellement chargée de toute l'antiquité et/ou du 17ème. Juste les comédiens et ce texte dit dans une certaine intimité et proche de la prose.

Outrage au public bourgeois attendant le chant des vers. Ils étaient là ces spectateurs près à compter sur leurs doigts, près à goûter les assonances, à entendre les [e] muets... Autre chose. La présence d'Astyanax, le fils d'Hector, sur scène alors qu'il n'est qu'évoqué chez Racine à de quoi faire vomir le puriste. La présence d'Astyanax comme spectre d'Hector et de tous ces héros morts au combat, ceux dont on ne cesse de parler.

Enfin cette atmosphère de bunker ou d'abri atomique où le pouvoir s'est réfugié pendant la guerre de Troie. Ces sirènes, cette intimité bouffée par l'appel d'air. Un monde souterrain où on pense l'amour, le mariage, le meurtre, le chantage, la jalousie...

Un monde oublié, anachronique, où le meurtre de Pyrrhus (Christophe Grégoire, superbe) n'est qu'une pluie rouge magnifique laissant sa trace sanglante au sol.

avec
Camille Cayol, Andromaque
Christophe Grégoire, Pyrrhus
Camille Japy, Hermione
Xavier Boiffier, Oreste
Romain Cottard, Pylade
Anne Rotger, Cléone

mise en scène Declan Donnellan
scénographie et costumes Nick Ormerod
lumières Judith Greenwood
direction corporelle Jane Gibson



Une production C.I.C.T. / Théâtre des Bouffes du Nord en coproduction avec le Théâtre du Nord – Lille, le Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, La Criée – Théâtre national de Marseille, Le Bateau Feu – Dunkerque, Le Quartz – Brest.

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Samedi 23 février 2008
19207.jpg

Dgiz slam le livre de Job initialement traduit de l'hébreu puis avalé digéré par le slameur.
Le spectateur est tenu de laisser son portable allumé pour recevoir un sms sous forme de sondage vaguement crétin, exemple : "le pire est-il pointu ? Le meilleur est-il creux ? Précédez votre réponse du nombre 8".
Un espace délimité sur la scène et séparé par un tulle transparent abrite un homme habillé en rouge et une cinquantaine de sac en plastique. Jeu avec les sacs, des sacs tombent puis finalement soufflerie emportant tout, même l'homme qui se voit projeter dans les airs.

Voilà.

Les nouvelles émissions de TV talk show proposent la diffusion des sms envoyés par les téléspectateurs en bas de l'écran. Quel résultat ? L'oeil est distrait : il regarde les sms, il écoute les invités, il regarde les écrans sur le plateau qui diffusent des clips, des images, des femmes et des hommes à poil... L'oeil est distrait. Quel résultat ? On devient consommateur de divertissement : on regarde distraitement, c'est-à-dire à côté mais jamais au bon endroit qui est l'endroit de la parole, de l'émission de la parole, du langage.

Dommage.

Bien sûr c'est le même problème avec "les malheurs de Job". Le spectacle devient le spectateur d'en face qui, distrait donc, envoie à sa petite amie : "ouai sa va chui a une piece au cdn terib". Où va le théâtre si il se tire ainsi une balle dans le pied en empêchant le spectateur d'être spectateur mais en le plaçant dans la position d'un consommateur inattentif ?
Bien sûr on peut se rappeler le bordel régnant parmi les spectateurs du 17ème, 18ème et 19ème siècle ! C'est sûr qu'on ne se gênait pas pour parler, applaudir, crier, insulter, gueuler, arriver en retard, repartir, revenir... Alors oui il s'agirait peut-être de la réappropriation de cet espace traversée par notre société post-moderne ! Comme c'est intéressant ! Mais bien sûr derrière l'ironie tout cela pose une question quant aux visées que l'on prête au théâtre : divertissement, art exigeant...?

Autre chose.

Bien sûr la voix de ce jeune des quartiers populaires (puisque c'est de là que vient le slam) en colère contre le système qui se trouve être Dieu, mais aux vues de l'actualité cette colère et ce langage particulier et actuel résonnent autrement. Et alors est-ce qu'on l'entend le livre de Job (pour peu qu'on lui prête de l'attention) ? Oui mais diminué par cette actualisation, amputé de toute sa force poétique. Ce qu'on entend pas c'est le coup de gueule mémorable, terrible et grandiose d'un homme face à Dieu. Un homme des plus croyant et des plus chaste qui OSE DIRE QUE DIEU MANQUE DE JUSTESSE, DE MORALE FACE A SA CREATION. C'est pas rien quand même.

Dommage.

Direction de Jean Lambert-Wild
Musique de Jean-Luc Therminarias
Dramaturgie de Frédéric Révérend
Avec Jérôme Thomas, Martin Schwietzke...

(s'est joué à la comédie de Caen du 14 janvier au 1 février)

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