
« L’Orestie » soit la seule trilogie des tragédies Grecques a avoir survécue. Cette trilogie d’Eschyle est composée de « Agamemnon », « les Choéphores » et « les Euménides ». Avec les entractes 6h de spectacle si vous voyez l’intégrale, un spectacle court pour Olivier Py si on compte les 12h des « vainqueurs », ou du « soulier de satin » repris justement la saison prochaine à L’Odéon.
« L’Orestie » soit la vengeance d’une mère, Clytemnestre, qui tue son mari Agamemnon pour avoir sacrifié leur fille Iphigénie. Suit la vengeance du fils, Oreste, qui tue sa mère Clytemnestre et l’amant de celle-ci Egysthe. Enfin nous voyons la réhabilitation d’Oreste suite à un procès, jusque là poursuivi sans relâche par la malédiction monstrueuse de la mère : les Erinyes. C’est tout simple.
Olivier Py signe la traduction de cette Orestie, lourde tâche parfaitement remplie. L’écriture va à l’essentiel de la narration et évite les fioritures. Olivier Py se fait également veilleur de sa mise en scène, il introduit la parole après avoir attendu les spectateurs.
Les décors sont superbes (signés comme d’habitude par Pierre-André Weitz) : noirs et métalliques, ils s’organisent avec harmonie et intelligence dramatique.
Le chœur est composé d’une soprano, d’une mezzo soprano, d’un ténor et d’un baryton ; il est accompagné sur scène par le quatuor Léonis et chante en grec ancien. Cette musique magnifique est signée Stéphane Leach, habituel compositeur du metteur en scène.
Comme toujours Olivier Py affirme une emphase et un lyrisme sans contenance. De cette affirmation peut naître la grâce, la folle beauté, mais peut également être source d’un certain ridicule. Un équilibre difficile à trouver. C’est particulièrement le cas sur « Agamemnon » qui se complet dans l’hétéroclite le plus étonnant et le moins digeste.
La présence des éléments : les flammes descendants des cintres, les flammes du rite et de l’holocauste. La pluie suinte sur le sol à plusieurs reprises et pour la première fois sur l’arrivée d’Agamemnon dans sa DS noire ; outre ce moment étonnant où une porte s’ouvre sur l’extérieur rendant la rue parisienne visible, le rapprochement entre Agamemnon et un certain président français des années 60 est intéressant. La terre est foulé sur le plateau, le messager annonçant la fin de la guerre de Troie s’en recouvre. Le souffle des Dieux, le vent du mythe, l’air que dégage la parole.
Iphigénie n’est qu’une ombre rouge, une silhouette mortuaire dont le visage sera à jamais voilé et oublié.
Les meurtres ont lieus dans une boîte blanche en pantomime et rituel écarlate, un castelet sanguinaire, le « hors scène » devenant focale accrue du meurtre.
Idée de mise en scène étonnante cette utilisation des miroirs que l’on tend aux personnages. Richard III demandait également un miroir chez Shakespeare, il voulait contempler cette fièvre du pouvoir, ce savoir absolue sur la marche du monde et des hommes. Si Oreste voit sans cesse son reflet c’est qu’il sait tout de son avenir qui lui a été révélé par l’Oracle, il peut se contempler alors même qu’il s’apprête à tuer sa mère.
Les retrouvailles entre Oreste et Electre dans la seconde partie (brillamment mise en scène) sont magnifiques. Des retrouvailles qui se font dans l’enlacement, ils ne voient pas leurs visages. Le meurtre de la mère est également brillant : Oreste apparaît nue et maudit sa mère blottit contre son sein.
Beaucoup d’humour pour cet Orestie : les élucubrations d’Egysthe joué par Michel Fau, le coryphée usant d’un mégaphone en manifestant du peuple, la nourrice d’Oreste comparant l’enfant au chien, le procès final avec Frédéric Giroutru jouant Athéna et le ridicule actuel de l’argument d’Apollon pour sauver Oreste (c’est le père qui ensemence, la mère n’est que le réceptacle).
Finalement cette invective d’Apollon face aux Erinyes : la justice et la parole christique (une parole propre à sauver l’homme qui l’écoute) face à l’archaïsme tribal de la vengeance et du sacrifice barbare.
C’est bien là le cœur de cette lecture « pyesque » : le cri rituel qui devient un cri de Joie. Le cri du sacrifice qui
affirme la totalité, le cri christique et le cri du poète.
d'ESCHYLE
texte français et mise en scène OLIVIER PY
avec le regard amical de Daniel Loayza
décor, costumes et maquillage : Pierre-André Weitz
musique : Stéphane Leach
son : Thierry Jousse
lumière : Olivier Py avec Bertrand Killy
avec Anne Benoit, Nazim Boudjenah, Bénédicte Cerutti, Céline Chéenne, Michel Fau, Philippe Girard, Frédéric Giroutru, Miloud Khetib, Olivier Py, Alexandra
Scicluna, Bruno Sermonne, Nada Strancar.
et Philippe Dreux, Thibault Fack, Stéphane Ferrand, François Grosz, Anne Henry, Thierry Lelièvre, François Zani.
le Choeur : Damien Bigourdan, Christophe Le Hazif, Mary Saint-Palais, Sandrine Sutter.
et le Quatuor Léonis : Guillaume Antonini, Alphonse Dervieux, Thomas Gautier, Jean-Lou Loger.
production Odéon-Théâtre de l'Europe, avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.
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